12/11/2014

Le manga Très Cher Frère réédité chez Kazé en décembre


Prévue initialement pour mars 2013, la réédition du one-shot "Très Cher Frère" d'IKEDA Riyoko se fera finalement cette année. Après être sorti chez Asuka, il rejoindra la collection "Kazé Classic" le 31 décembre 2014.


Œuvre bien connue des amatrices (et amateurs) de shôjo manga « vintage » et de Riyoko IKEDA, Très Cher Frère est un classique du genre, un titre qui en inspira tant d'autres.

Le manga raconte l'histoire de Nanako, jeune fille dont la mère s'est remariée à un professeur d'université, qui intègre un lycée pour filles prestigieux. Dans cet établissement, les regards sont fixés sur un club d'élite, une fraternité à l'américaine (sororité aurait été plus correct mais le mot est moins beau) menée par l'irréprochable Mlle Miya. Dans cette ambiance féminine qui se révèlera peu amicale, Nanako écrit ses mésaventures à un jeune étudiant rencontré plus tôt qu'elle appelle affectueusement son frère, sans savoir qu'il l'est réellement (comme nous l'apprendrons dans les premières pages).

Peu amicale car bien vite, Nanako se rendra compte que derrière l'élégance et la culture des jeunes filles, les secrets terribles qu'elles dissimulent les conduisent à la jalousie, la vengeance, le mensonge... Dans ce cercle d'élites, on retrouvera Nanako qui y a atterrit de manière étrange et Mariko, à la paternité particulière et l'amitié exclusive. Gravite autour de ce cercle, Kaoru, capitaine de l'équipe de Basket au look de garçonne à la santé fragile, et Rei, surnommée Saint-Just, sosie de l'Oscar de la Rose de Versailles et droguée aux médicaments. Cette dernière semble d'ailleurs très intéressée par Miya.


Malgré l'époque de sa réalisation -le milieu des années 70- et contrairement à ce que l'on pourrait croire, les personnages ne sont jamais les nunuches auxquelles on nous habituera plus tard. Chacune d'entre elles possède une personnalité travaillée, torturée le plus souvent et frôlant l'excès. On retrouve également dans le scénario, l'amour que porte l'auteure aux ambiances de château. La fraternité est l'occasion d'intrigues plus ou moins vicieuses comme dans les cours des plus grand monarques. Chaque personnage principal cache un secret inavouable et, mis à part celui du frère du Nanako un peu maladroit, les autres sont crédibles. A tel point que l'on dévorera très vite les presque 500 pages de ce récit afin de découvrir le squelette de chacune.
Si le titre parle d'un homme, ce frère restera bien loin, quasiment absent de l'ouvrage tout comme la présence masculine. Ici la Femme est mise en avant dans ses attentes, ses désirs et ses sentiments. Elle y sera montrée fragile autant que perverse, autant sinon plus qu'un homme. Riyoko IKEDA parle de romantisme et d'amour mais aborde des thèmes plus limites surtout pour l'époque comme la maladie, la drogue, le suicide ou l'homosexualité. Mais attention, Très Cher Frère n'est ni un yaoï, ni un yuri ! Les sentiments y restent ambigus mais pudiques, sublimés dans le drame et le romantisme de l'amour interdit. Il est certain cependant qu'elle a ouvert des portes autant qu'elle a été copiée (dans un autre genre on retrouve le concept de fraternité féminine dans le récit fantastique Red Garden).


Le style d'IKEDA est parfaitement reconnaissable, d'un clarté admirable dans la mise en page, très imaginatif dans la représentation des troubles des jeunes filles. Vous trouverez plus de détails sur l'auteure et ses œuvres en consultant notre dossier sur Riyoko IKEDA.
L'édition proposée par Asuka est exemplaire : une traduction fluide, une adaptation graphique réfléchie alliée à une qualité d'impression et de papier appréciable.

Très Cher Frère est un titre au scénario intelligent, une œuvre passionnante encore aujourd'hui. On pourra lui reprocher sa fin un peu trop abrupte.
Un indispensable.

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